II. Le Sonderkommando R (Russland)
Un rôle crucial jouait dans cette région le SK R qui a été créé peu après l'offensive contre l'URSS. Ce commando s'occupait du transfert de Volksdeutsche des territoires occupés dans le Reich. Il se composait de 160 personnes fixes, accompagnées par 200 personnes du NSKK (Nationalsozialistisches Kraftfahrerkorps – union de conducteurs national-socialistes). Le SK R a été envoyé par le Hauptamtschef de la volksdeutsche Mittelstelle (Administration pour les aiffairs des Volksdeutsche) Werner Lorenz. Ce SK R a repris la tâche qui consistait à s'occuper de ces Allemands. Ils ont d'abord fait un recensement en comptant dans cette région 130.000 Volksdeutsche dans 228 villages. Il leur procurait des appartements, des écoles... Peu après pour une meilleure administration, le territoire a été organisé en Bereichskommandos (Commandos de district) qui se composaient d'un grand village et de plusieurs petits. Puis ils ont commencé à recruter des Allemands pour créer des troupes appelées Selbstschutz. Recrutés étaient surtout les hommes ayant une orientation idéologique, il s'agissait surtout de personnes ayant perdu des membres de leur famille à cause de la terreur de NKVD. Le personnel du Selbstschutz n'avait pas de bonne formation militaire. Ils n'avaient même pas assez d'uniformes. Par contre, ils avaient tous un brassard avec une croix gammée. L'armement était des carabines. Seule une petite partie était membres à plein temps. Pour éviter la concurrence avec les messes le dimanche, on recrutait aussi les prêtes. Pendant la semaine les membres du Selbstschutz travaillaient, mais cette activité en elle-même n'était qu'une occupation annexe. Peu après sa création, le Selbstschutz chassait déjà des anciens voisins qui étaient proches du bolchevisme, ainsi que les Juifs locaux, qui n'avaient pas été tués par les commandos de la EG D. Ce qui énervait la EG D était le fait que certains Volksdeutsche n'étaient pas antisémites : " Les Volksdeutsche n'avaient pris aucune mesure contre les Juifs après l'occupation allemande, et avaient désigné les Juifs comme naïfs et inoffensifs". Du côté administratif, le commando R et le Selbstschutz jouaient un rôle important dans la région de la Transnistrie qui, comme tout territoire sur la rive gauche du Boug, appartenait à la Roumanie. Ce n'est qu'en Juin 42 que la SS a pu obtenir par des négociations avec les Roumains le contrôle administratif sur le Selbstschutz dans cette région. Ainsi, jusqu'à cette date, le Selbstschutz a pu jouer un rôle crucial dans l'extermination des Juifs en Transnistrie. Il était devenu une institution parallèle à la EG D qui elle, n'avait pas de pouvoir dans cette région (à cause de l'administration roumaine).
III. Déportation des Juifs d’Odessa et le rôle du Selbstschutz
L'extermination des Juifs par le Selbstschutz est liée aux évènements d'Odessa. En Hiver 41-42, les Roumains avaient un grand problème avec la création d'un ghetto à Odessa. La solution simple de ce problème d'habitation, de nourriture et de maladies était l'expulsion des Juifs du territoire occupé. Les Juifs étaient ainsi transférés par la gendarmerie roumaine directement dans le territoire des Volksdeutsche. Le chef du Bereichskommando Worms (aujourd’hui Vinogradnoye, district de Berezovka, région de Odessa), première ville d'arrivée des Juifs, Bernhard Streit est allé à l'Etat-Major du SK R à Landau (aujourd’hui Novo-Marianovka, district de Berezovka, région de Odessa) et annonça que des milliers de Juifs d'Odessa se dirigeaient vers le Boug et atteignaient le territoire allemand. Après un entretien avec le responsable Dr. Wolfrum il eut l'ordre strict d'empêcher toute intrusion des Juifs dans les villages des Volksdeutsche, si nécessaire à l'aide d'armes. Des Juifs évanouis qui se trouvaient au bord de la route devaient être "liquidés par le Selbstschutz". Streit exécuta cet ordre. Il annonça plus tard à Landau que 3.000 Juifs ont été tués dans son territoire, puis brûlés sur un grand bûcher.
Mais la grande partie des Juifs expulsée se dirigeait vers le Nord-Est, en direction du Generalkommissariat Nikolaïev. Dans les environs de Voznessensk, à la frontière du territoire administratif allemand ou le Boug était difficile à traverser à cause de sa largeur, les groupes de Juifs se sont arrêtés et attendaient leur destin dans le territoire des Bereichskommandos Lichtenfeld (Korneyevo-Dalni, district de Berezovka ?) et Rastatt (Poretchye district de Vesselinovo, région de Nikolaiev). Les chefs de ces commandos étaient sous la même pression que le collègue de Worms.
Ce n'était pas la seule région qui avait de tels problèmes. Plus au nord, à 35 km au Sud de Vinniza, ou se trouvait aussi la frontière entre les territoires allemand et roumain, le SSPF Pomme demanda l'exécution de 60.000 Juifs qui avaient été installés près de la frontière par l'administration roumaine. Les Allemands avaient bien compris que les Roumains voulaient exterminer les Juifs par la famine, et pas "par le principe allemand, l'exécution".
En ce qui concerne la région des Volksdeutsche, le chef du SK R Hoffmeyer, qui ne voulait pas prendre de décision de sa propre initiative, est parti à Berlin pour demander directement à la volksdeutsche Mittelstelle (VoMi) ce qu'il fallait faire. Après les entretiens avec le chef de la VoMi, Lorenz, et le RSHA il était clair pour Hoffmeyer que Himmler avait ordonné de façon générale l'exécution des Juifs dans le territoire occupé, et donc dans son territoire. Comme il n'y avait pas d'unité SS dans son territoire, Hoffmeyer a été chargé d'éliminer tous les Juifs, avec l'aide du SK R et du Selbstschutz. Hoffmeyer a eu des scrupules. Il a dit à sa femme qu'il pouvait comprendre qu'on pouvait exécuter des hommes, pas des femmes et des enfants. C'est pour cela qu'il ne se voyait pas comme tueur, essayait d'éviter l'exécution de cet ordre, et contactait pour ces tâches le chef de la EG D Hollendorf. Celui-ci refusa en disant que la Transnistrie était sous occupation roumaine, et qu'il était impossible pour lui d'agir sur ce territoire. De retour à Landau, Hoffmeyer informa les chefs des Bereichskommandos Achtung et Leibl. Tous les trois prirent la décision d'emmener -avec l'aide de la gendarmerie roumaine- les Juifs qui attendaient près de Voznessensk à Beresovka, située au Sud de Rastatt et Lichtenfeld, pour les tuer. A partir des endroits de rassemblement, les hommes du Selbstschutz et du VoMi emmenèrent les Juifs par groupes de 100, hommes, femmes et enfants confondus, dans la steppe.
Témoignage de Walter Vahldieck du 27.05.1963 : "Après, on les emmena dans la steppe vers un vieux four de calcaire. Là, ils durent se déshabiller complètement et durent tués par un coup de feu dans la nuque. Les corps furent jetés dans le four et y furent brûlés."
D'autres victimes furent emmenées par le Selbstschutz, à pied, sur des chariots, et sur des luges, au deuxième centre d'exécution de la région à Mostovoi#. On entendit les coups de feu jusqu'à Lichtenfeld, et chacun comprenait ce qui ce passait. Beaucoup de Volksdeutsche qui ne faisaient pas partie du Selbstschutz furent témoins directs. Ils observaient les exécutions par curiosité, ou prêtaient des chariots pour les transports des Juifs, pendant que des trains de déportation arrivaient de Odessa à la gare de Beresovka. Le Selbstschutz exécuta pendant plusieurs semaines les Juifs dans une fosse, faisaient brûler les corps arrosés préalablement d'essence, pour ensuite continuer l'exécution d'autres Juifs dans la fosse. Le Ministère des affaires étrangères (Auswärtiges Amt) partait d'un chiffre de 28.000 morts tués cet hiver 41/42.
Courrier de Rademacher au Reichsministerium für die besetzen Ostgebiete (Ministère pour les terrains occupés de l'Est) du 12.05.42 : "Objet : Déportation de Juifs roumains au Bug, En Transinstrie 28.000 Juifs ont été emmenés dans des villages allemands. Ils ont depuis été liquidés."
Même s'il y a eu des entretiens entre les Roumains et les Allemands afin d'améliorer les relations, troublées par ces déportations, l'extermination des Juifs continua. Les Roumains ne voulaient pas renoncer à leur politique de déportation. Les Roumains arrêtèrent la déportation des Juifs de Odessa dans Generalkommissariat Nikolaïev à partir de Mai 1942 mais les transférèrent sur le territoire des Volksdeutsche, ou le Selbstschutz les tua. La gendarmerie roumaine témoigna sur des exécutions commises par le Selbstschutz à Beresowka et Mostovoi pour les mois de Mars et de Mai 1942. Pour les services rendus par le Selbstschutz, les Roumains donnèrent des avantages financiers aux Volksdeutsche en Transnistrie. Mais l'exécution des Juifs donnait aussi d'autres avantages : les vêtements des tués étaient distribués dans les villages des Volksdeutsche. Tous les objets de valeur furent livrés et distribués aux quartiers d'Etat-major du SK R.