Mikhaïlivka : Le camp au village - par Marie MOUTIER

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Mikhaïlivka : Le camp au village - par Marie MOUTIER
Lorsque les troupes allemandes pénétrèrent sur le territoire ukrainien, elles se rendirent vite compte de l’état déplorable des infrastructures de la région, véritable obstacle au bon acheminement des soldats, du ravitaillement ; au déroulement général de la logistique de guerre. Les Allemands entreprirent alors de grands travaux de rénovations des liaisons routières du pays. Son orchestration fut confiée à l’Organisation Todt . La Durchgangsstrasse IV participait de cette reconstruction. Cet immense axe routier devait relier initialement Berlin au Caucase, en traversant toute l’Ukraine. La DG IV joignit, dans les faits, les villes de la Galicie orientale, Khmelnitski , Vinnitsa, Uman, Kriwoj Rog, Dniepropetrovsk et Donetsk . Ces travaux requéraient une vaste main d’œuvre : Juifs et prisonniers de guerre, mais aussi population ukrainienne locale. Prützmann , délégué par Himmler à la supervision des chantiers, annonça en juin 1943, un chiffre de 140.000 travailleurs pour la seule DG IV, ajoutant à cela les ingénieurs et spécialistes allemands et 12.000 policiers locaux .
En 1942 vint la décision de l’Organisation Todt d’apporter des améliorations à la route reliant les Kreisgebiete Gaissin et Uman aux Generalbezirke Jitomir et Kiev. Initialement, l’ancienne route traversait les villes de Teplik et de Ternovka. Il s’agissait cette fois-ci de construire une ligne directe entre Gaissin et Uman. L’ensemble du travail technique dépendait de l’Organisation Todt. En revanche, l’approvisionnement en main d’œuvre et sa surveillance étaient assurés par la SS et la police. Une dizaine de camps furent créés le long de cette portion, afin d’y interner la main d’œuvre nécessaire : Gaissin, Kiblicz, Teplik, Ositna, Ternovka, Mikhaïlivka, Narajevka, Krasnopolka et Ivangorod. Dans un premier temps, la main d’œuvre de ces camps était composée de Juifs des alentours. Bientôt elle ne suffit plus à pallier les impératifs de construction, de par sa maigre quantité et son état physique de plus en plus faible. La SS eut alors recours, à partir de 1942, à des Juifs roumains de Bucovine . Sur cette ligne, la surveillance de ces Zwangsarbeitslager – comprenant en moyenne entre 100 et 400 détenus chacun – revenait à la SS-Bauabschittsleitung de Gaissin dont le chef, de mai à octobre 1942, était le SS-Hauptsturmführer Franz Christoffel , puis le SS-Untersturmführer Oskar Friese jusqu’en avril 1943. La SS était également appuyée par une milice lituanienne et ukrainienne pour cette tâche. La dureté des travaux, les conditions misérable d’internement, les exécutions isolées ou massives, entraînèrent la mort de 20.000 à 25.000 personnes . Il semblerait que les fusillades de masse furent orchestrées par le KdS de Jitomir (antenne de Vinnitsa) et le KdS de Kiev (antenne d’Uman).
Le village de Mikhaïlivka se trouvait à une douzaine de kilomètres de Gaissin, entre les localités de Tarassivka et de Granov. La population comptait une large majorité d’Ukrainiens et de Russes. En 1932-1933, Mikhaïlivka avait souffert, à l’instar d’une grande partie de l’Ukraine, de la Grande famine, restée dans la mémoire populaire sous le nom d’Holodomor . Les brigades de patriotes acharnés se rendaient de maisons en maisons pour en saisir les céréales et n’autorisaient qu’un cochon et qu’une vache par foyer. Si bien qu’à l’hiver, les habitants ne se nourrirent plus que d’épluchures de pommes de terre, de légumes pourris, en somme ce qui leur tombait encore sous la main. On voyait régulièrement des chariots, chargé de cadavres – mais aussi de moribonds, arpentant le village jusqu’à la fosse commune du cimetière. La détresse était telle qu’une famille mangea un de ses garçons . On ne peut se pencher sur le sort de villages ukrainiens pendant la Seconde guerre mondiale sans avoir conscience de l’impact considérable que la Grande famine grava dans les mentalités d’alors .
Le camp de Mikhaïlivka fut étudié par plusieurs historiens, dans la mesure où nous disposons à ce sujet d’archives relativement fournies . Les dossiers préparatoires aux procès d’après-guerre allemands sont composés de dépositions d’anciens membres de l’Organisation Todt présents sur les lieux, de SS en charge de la sécurité de la route, et de témoignages de rescapés. Parmi ces derniers, nous avons accès à une source particulièrement intéressante de par l’éclairage qu’elle apporte sur le quotidien des détenus de Mikhaïlivka : le journal intime d’Arnold Daghani , détenu juif roumain. Il le rédigea en captivité, au fil des jours. En revanche, une donnée essentielle ne se trouve pas dans les archives susnommées : le rôle du village et de ses habitants. Le terme de « camp » ne doit pas nous laisser songer à un espace entièrement clos, secret, à l’écart des locaux. Bien au contraire, Mikhaïlivka est un petit village, et les Allemands, comme à leur habitude sur le territoire soviétique, utilisèrent les structures locales pour asseoir leur occupation et organiser les travaux de la route – et le génocide des Juifs. Ainsi, malgré l’abondance de sources diversifiées sur ce camp, il apparaît que les archives seules ne suffisent pas à dresser un panorama complet du fonctionnement. Pourtant, l’organisation du camp se trouve liée dans une certaine mesure à l’environnement local. Comment le village s’organisait-il face au camp ? En réalité, il convient davantage de s’interroger non pas sur deux structures parallèles, mais bien deux fonctionnement imbriqués l’un dans l’autre. Grâce aux données recueillies par Yahad-in Unum lors d’un voyage de recherches le long des camps de la DG IV, et à Mikhaïlivka en particulier, on peut désormais se pencher sur une source nouvelle qui, confrontée aux éléments déjà existants dans les archives, pourrait permettre de saisir au mieux cette porosité du camp de Mikhaïlivka.

Les débuts de l’occupation allemande

A l’aube de l’invasion allemande, Mikhaïlivka était un village plutôt pauvre, composé de deux kolkhozes, aux dénominations rappelant le pouvoir soviétique (« 17e réunion du parti communiste » et « Staline »), dont l’activité principale demeurait la culture (céréales, maïs, tournesol). Les Allemands pénètrent à Mikhaïlivka au mois de juillet 1941, au terme de violents combats (bombardements et tirs auxquels les villageois tentèrent d’échapper en se réfugiant dans les caves et les tranchées des potagers) .
A leur arrivée, les Allemands entendirent se servir de la structure locale pour faciliter leur occupation. Ils nommèrent un staroste, fonction se rapprochant de celle du maire, et des policiers locaux dont ils s’assuraient l’obéissance. Une administration allemande se mit aussi immédiatement en place près du bâtiment de l’école, et les soldats de la Wehrmacht s’installèrent chez les habitants .
Les travaux de construction sur la route Gaissin-Uman commencèrent avant la création du camp de Mikhaïlivka. Les Allemands firent d’abord appel à la main d’œuvre locale. Ils demandaient simplement des hommes au staroste, qui transmettait l’ordre des Allemands à son tour à ses subordonnés, qui allèrent ainsi de maison en maison à la recherche de travailleurs. Les Allemands s’appuyaient sur ce système de starostes pour obtenir des réquisitionnés. Fédor, jeune adolescent à l’époque – il avait seize ans – travaillait sur la portion de route , avant l’arrivée des détenus juifs précise-t-il. Les Allemands avaient transmis l’ordre au staroste de rassembler une certaine quantité de travailleurs parmi les villageois. Les filles coupaient l’herbe du bord de la route, tandis que les garçons aiguisaient des outils et effectuaient des tâches plus lourdes, moyennant un petit salaire en Deutschemark et des rations alimentaires. L’ingénieur allemand et les Lituaniens qui supervisaient les travaux firent entendre que cette situation ne durerait pas.
Déjà avant la création du camp, les Allemands intégrèrent les habitants de Mikhaïlivka à leurs besoins d’occupants. Ils les incitèrent également à retourner travailler dans les kolkhozes, dont les produits étaient envoyés « ailleurs » - en Allemagne probablement. On voit très clairement avec cet exemple de Mikhaïlivka que les Allemands se substituèrent au pouvoir administratif d’avant-guerre, mais n’en bouleversèrent pas l’ensemble des structures. La mise en place d’un staroste fut clef : elle assurait le lien entre l’occupant et le village.
Les occupants allemands décidèrent d’ériger un camp à Mikhaïlivka, pour y interner des Juifs de Russie et de Roumanie qui seraient utilisés pour la construction de la route toute proche. Toujours dans un souci d’utiliser au mieux les infrastructures locales, les Allemands choisirent une écurie du kolkhoze en guise de bâtiment du camp. Le camp fut ensuite composé d’une deuxième écurie, lors de l’arrivée des Juifs roumains. En novembre 1942, les détenus du camp des écuries furent transférés dans le bâtiment de l’école. Comme l’enquête de terrain l’a souligné, les deux emplacements du camp se trouvaient en contact direct avec les maisons du village. Le camp de l’école se situait même au centre de la localité, près de l’administration. Dans de telles conditions, il paraît difficilement imaginable que les Allemands aient tenu à un certain secret de ces camps vis-à-vis de la population locale. De même il est difficile d’envisager qu’il n’y ait eu aucun lien entre eux et le village. Il reste à définir dans quelles mesures les habitants locaux furent témoins de ce système génocidaire et à quels degrés ils y furent impliqués par les Allemands.

Une organisation villageoise liée à celle du camp

Un certain nombre d’Allemands évoluaient dans la sphère du camp. Outre les SS, Allemands et Lituaniens, responsables de la surveillance du camp et de la main d’œuvre, se trouvaient des membres de l’Organisation Todt, supervisant les travaux sur la portion de la DG IV . A ceux-là s’ajoutèrent les soldats de la Wehrmacht. On note aussi la venue de deux sœurs, jeunes filles originaires de Remscheid , dans la Ruhr, venues séjourner à Mikhaïlivka dans l’espoir d’y trouver un époux parmi les Allemands présents. Cette présence allemande nécessitait un minimum de sollicitations de la population locale.
Les autorités allemandes eurent besoin d’hommes pour garder les deux camps successifs des Juifs, ainsi que pour les accompagner aux travaux à la carrière et sur la route, pour suppléer le travail des SS, dont Z. et M. furent sans doute les figures les plus traumatisantes . Les locaux reçurent le choix suivant : ou bien ils étaient déportés aux travaux forcés en Allemagne, ou bien ils entraient dans la police créée par les occupants . Fédor, né en 1924, se rangea à la deuxième option. Il reçut, comme une dizaine d’autres villageois, une veste verte, un pantalon blanc, et une arme. Leur rôle principal était de garder les deux écuries du camp, tâche qu’ils effectuaient à tour de rôle, à trois : un à chaque entrée des bâtiments, un autre effectuant une ronde autour. Cette surveillance n’avait lieu que le soir. En journée, comme la plupart des détenus travaillaient en dehors du camp, ce dernier n’était pas gardé. Les policiers locaux les accompagnaient alors sur leur lieu de travail. Des hommes du village surveillèrent les détenus juifs. Ils s’organisèrent de telle sorte qu’une partie d’entre eux travaillaient une semaine et se reposaient l’autre. Réflexe de réquisitionnés.
Autres objets de la réquisition : le logement et la nourriture. Comme nous l’avons mentionné tantôt, SS, membres de l’Organisation Todt et militaires allemands étaient logés chez les habitants du village. Ces derniers vivaient dès lors au gré des arrivées d’Allemands. Ces derniers réquisitionnèrent également nourriture et cuisinières. Arnold Daghani évoque plusieurs aides cuisinières locales attachées au camp .
La venue d’une main d’œuvre juive ne signifiait pas pour les Allemands de faire cesser le travail aux villageois. Ils reprirent les travaux des champs et certains furent assignés à la découpe du bois dans les environs, sous surveillance de la Wehrmacht. Par ailleurs, une rescapée juive témoigne après-guerre qu’il existait dans le village de Mikhaïlivka un camp de travail pour les Ukrainiens, où elle fut chargée par l’un des SS d’enseigner la cuisine à de jeunes filles ukrainiennes. Il y avait là deux cuisines : l’une pour les travailleurs ukrainiens, l’autre, plus petite, où étaient préparés les repas des Allemands .
Par le système même des réquisitions, l’organisation du village de Mikhaïlivka se retrouva étroitement liée à celle du camp. Il ne pouvait pas fonctionner sans l’aide du village, de ses hommes et de ses ressources alimentaires. Les réquisitions fonctionnaient déjà avant l’arrivée des Allemands, ils ne firent qu’utiliser un mécanisme rural qui avait déjà fait ses preuves. Les Allemands se substituèrent à un pouvoir soviétique ayant fui lors des évacuations. Ils prirent soin de ne pas bouleverser entièrement l’organisation rurale. Il s’agissait dans le fond d’un changement de commandement. L’usage de la réquisition permit au village de conserver ses repères, ses réflexes d’avant-guerre ; le dépaysement administratif fut mineur. Néanmoins, les Allemands et leurs auxiliaires apportèrent la violence de leurs desseins, et n’hésitèrent pas à planter un camp en plein village.

Un camp poreux

Lorsque les Juifs roumains arrivèrent au camp, ils furent reçus par Artur K., le commandant SS du camp. Le survivant Bernhard Locker explique : « Peu de temps après, Artur K. apparut, montra la potence qui se trouvait dans la cour, et nous expliqua qu’il y a peu un Juif, qui voulait s’échapper du camp, avait été pendu à cette potence, et nous menaça de pendre immédiatement quiconque tenterait de s’enfuir ou d’établir le contact avec la population du village ». La peine de mort pour tout contact avec les habitants locaux. Le camp des écuries du kolkhoze était d’ailleurs cerné de fils barbelés. Malgré cela, on a peine à imaginer l’absence de tout lien entre détenus et locaux : la position centrale des deux camps successifs et le système de réquisitions allèrent à l’encontre de l’interdiction du Lagerkommandant.
Le contact qui s’établit entre détenus et locaux fut essentiellement de l’ordre du troc. Ces échanges se déroulèrent parfois avec la bienveillance d’Allemands. Ainsi, Arnold Daghani nota, le 5 janvier 1943 : « A la suite de la permission de B. et K. , contacts avec les paysans et échange des vêtements des détenus du camp contre de la nourriture ». Il ajouta aussi dans son journal que « celui qui avait la chance de travailler avec l’Allemand Hermann K., c’est-à-dire fendre du bois, de porter des choses, de s’occuper du jardinet ou accomplir quelques travaux à domicile, recevait furtivement à manger de la part du prêtre de l’église, voisin des Allemands… ». Certains Allemands tolérèrent ainsi ces échanges. Ce fut aussi le cas des policiers ukrainiens locaux. Ils laissèrent régulièrement les villageois s’approcher du camp : les Juifs détenus échangeaient alors leurs affaires de valeur contre de la nourriture . Des jeunes du village entraient aussi dans le camp, avec l’accord des gardes, pour se faire couper les cheveux auprès des spécialistes juifs, en échange de pommes de terre . Il semblerait que la présence de policiers du village facilitait ce genre de marché, et amplifiait les relations villageois-détenus, dans la mesure où les locaux se relayaient pour garder le camp.
Malgré les barbelés et la garde, des Juifs parvenaient à s’échapper du camp ou de la colonne de travail, le temps de trouver de la nourriture. Un médecin juif se trouvait dans la rue avec un codétenu, à la recherche de denrées. Ils croisèrent les SS M. et H. qui leur demandèrent ce qu’ils faisaient ici : « Je répondis que K. nous avait envoyés chez un paysan dont l’enfant était malade ». Il reçut vingt-cinq coups de barre de fer.
Les liens ne se limitèrent pas au troc. Ils furent l’occasion de diffusion des nouvelles de l’extérieur du camp. Daghani écrivit, le 21 mai 1943 : « Nous avons appris que de mauvaises nouvelles étaient parvenues de la forge du village. Les habitants du village auraient fait part – comme on leur a dit – qu’une fosse commune avait été creusée et que des SS doivent venir demain… ». Fedor se souvient également que l’arrivée des SS présageait le sort funeste des détenus juifs. Ainsi que le creusement de la fosse : « Quelques villageois qui passaient sur la route rapportèrent de manière confidentielle qu’une fosse commune avait été creusée… ».
Les contacts entre détenus juifs et habitants locaux étaient ainsi plus courants que ne laisseraient penser le discours ferme et violent de K. et les barbelés entourant les écuries. Les policiers jouèrent un rôle majeur dans ces rapports. D’après le témoignage de l’un d’eux, les enfants restaient la journée au camp – sauf quand on craignait une sélection, auquel cas ils accompagnaient leurs parents à la construction de la route – ou bien dans la maison des policiers, si ces derniers étaient conciliants.
Nous l’avons vu, les Allemands présents à Mikhaïlivka se soucièrent peu que les locaux soient témoins de leurs agissements envers les Juifs – au contraire, ils avaient besoin d’eux pour les tâches courantes et essentielles comme la surveillance et l’approvisionnement. Les villageois témoins du camp, mais aussi témoins des exécutions.

Les villageois : témoins de la fusillade des détenus

En se référant à l’enquête sur le terrain, on découvre que le lieu le plus fréquemment utilisé pour les exécutions successives des détenus se trouvait non loin du camp des écuries. D’après les informations des archives allemandes , Andrej Angrick fait état de trois exécutions précédées de sélection des détenus du camp : seize personnes le 19 août 1942, cent-sept à l’hiver 1942-1943, cinquante-cinq le 26 avril 1943 . Olga F., née en 1929, assista à des fusillades de détenus depuis la prairie où elle faisait paître les vaches, avec cinq autres personnes. Elle vit les colonnes de Juifs approcher, elle se tint alors derrière les sapins pour voir de plus près ce qui se passerait. D’après son témoignage, les Juifs étaient conduits, implorants, par un Lituanien, jusqu’à un ravin où trois fosses avaient été creusées auparavant. Avant l’exécution, le Lituanien fouillait les affaires des victimes et leur arrachait les dents en or. Puis il les abattait de son pistolet-mitrailleur. Le tireur restait alors quelques minutes sur les lieux pour s’assurer qu’il n’y ait aucun survivant . Ce récit est essentiel : nous ne disposons d’aucun témoignage précis sur les fusillades des détenus de Mikhaïlivka.
Les exécutions n’eurent pas lieu seulement dans le lieu-dit Lissaïa Gora. Les exécutions sommaires et aléatoires étaient fréquentes sur les deux sites de travaux des détenus juifs. Les bourreaux ne furent pas davantage discrets, tuant devant les policiers locaux. Mais on ne dit pas quelles étaient les limites du rôle de ces derniers dans l’entreprise génocidaire. Des témoins interviewés par Yahad-in Unum, une majorité d’entre eux avaient un membre de leur famille policier ou bien l’était eux-mêmes. Nous savons seulement que les policiers étaient armés ; mais les témoignages restent silencieux sur le degré de leur participation.
A Mikhaïlivka, l’enquête de terrain nous permit de mieux saisir l’ampleur de l’implication rurale forcée dans l’organisation de ce camp. Et nous montra aussi que ce camp, au cœur d’un petit village, ne pouvait pas être imperméable à son environnement immédiat. Partant de ce postulat, il était logique d’approfondir l’étude de tous les acteurs et spectateurs du camp.
Les détenus juifs de Mikhaïlivka furent transférés pour une grande part dans le camp de Tarassivka, à la suite d’une attaque partisane dans le village. Une fois le camp vide, les villageois le démantelèrent : bois, barbelés, et autres matériaux furent utilisés pour construire leurs caves … Lorsque nous étudions la Shoah en Ukraine, il faut avoir en mémoire le rôle essentiel du rural et de ses structures, que les Allemands n’ont pu ignorés, et dont ils se sont servis pour mettre en place leur œuvre génocidaire.

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Jeudi 5 Janvier 2012
Marie Moutier
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